Mireille, poème le plus connu de Frédéric Mistral, est un hymne à l'amour, enchâssé dans une immense fresque de la Provence rurale rhodanienne. C'est le
drame de la mésalliance archaïque, la dénonciation de l'injustice sociale portée par une voix aux accents universels, encore imprégnée des utopies révolutionnaires. La jeune fille paiera de sa vie la transgression suprême du monde paysan, la négation de la propriété du sol. Elle tombera frappée par le soleil pour avoir placé l'amour humain au-dessus du rang social et de la fortune.
La Mireille de Mistral, chercheuse, elle aussi d’absolu, ne peut consentir à aimer un autre jeune homme que Vincent, le vannier, parce que son père, le riche Ramon, refuse, inflexible, ce gendre sans fortune, Mireille, désemparée, s’en va prier les Saintes aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Elle mourra, au pied de l’église forteresse, après avoir été frappée d’insolation pendant sa traversée de la vaste plaine de la Crau. Mort toute symbolique pour cette jeune fille pure, au rêve brisé.
La statue de Mireille.
En cette année du 150 ème anniversaire de la publication du poème Mireio du grand maître de Maillane, il est bon de rappeler l’histoire de la statue de Mireille que l’on peut admirer sur la Place qui porte son nom.

C’est pour évoquer le souvenir immortel de son héroïne que Mistral décida d’offrir la statue de Mireille à la commune des Saintes. Hélas, il mourut avant de pouvoir réaliser son rêve et ce fut sa veuve qui, fidèle au vœu du poète, la fit placer le 26 septembre 1920 sur la Place Frédéric Mistral qui fut rebaptisée Place Mireille. La statue fut inaugurée par Frédéric Mistral neveu accompagné d’un défilé de cavaliers de la Nacioun Gardiano avec, en croupe, les santenco.
La statue de Mireille a été réalisée par Marius Jean Antonin
Mercié. Né à Toulouse, Antonin Mercié a étudié à l'École des Beaux-Arts de Paris où il fut l'élève de François Jouffroy et d’Alexandre Falguière. En 1868, il remporta le premier grand Prix de Rome avec "Thésée vainqueur du Minotaure". Ses nombreux bustes, statues et médaillons vaudront à Antonin Mercié une médaille d'Honneur à l'Exposition universelle de 1878 et le Grand Prix à celle de 1889.
Le sauvetage de Mireille (1)
L'histoire foisonne de Grands hommes; d'autres plus discrets la traversent, ne laissant trace de leur héroïsme que dans la mémoire incertaine de quelques contemporains. Julien DURAND est de ceux-là. Qui de nous sait ce que cet homme a fait pour notre terre? Qui en Provence ou en Camargue se souvient encore de lui? Pourtant, durant la deuxième guerre mondiale, Julien Durand a tout simplement sauvé lla statue d'Antonin Mercié.
La famille Durand, établie à Nîmes, vénérait la Camargue et se rendait régulièrement au pèlerinage des Saintes-Maries, emmenant avec elle le jeune Julien, qui grandit dans le respect des traditions et de la culture provençale. Durant la deuxième guerre mondiale, Julien, qui exerçait alors le métier de ferrailleur, dut, sous la contrainte, transporter à la fonderie les métaux réquisitionnés par l'armée ennemie.
En 1943, il fut envoyé aux Saintes-Maries où il découvrit avec effroi que la pièce qui allait être fondue n'était autre que la statue de Mireille! La statue déboulonnée fut chargée dans un camion et conduite sous bonne escorte à l'entrepôt de Nîmes pour y être pesée et dès le l
endemain matin fondue. Mais Julien Durand ne pouvait se résoudre à laisser faire une telle ignominie. Mireille, "la fillette" comme l'appelait Mistral, si douce, si pure, transformée en pièce d'armement, il ne pouvait le supporter!
Sa décision fut prise : il la sauverait envers et contre tous. Il la cacha, et pendant toute la nuit il récupéra du cuivre afin d'atteindre le poids de la statue. Au matin, tremblant que le subterfuge ne soit découvert, il conduisit sa cargaison à la décharge. Le poids correspondait aux métaux qui avaient été pesés la veille, personne ne vérifia ce qui était déversé dans le brasier, et le vieux cuivre fut fondu à la place de Mireille.
Après la guerre, la population des Saintes-Maries se désolait de la perte irréparable de la statue. Quel ne fut pas son étonnement de voir arriver un jour Monsieur Durand qui ramenait Mireille!
Grâce au courage d'un homme et à sa détermination, sur la place du même nom se dresse désormais toujours encore la "Mireille", hommage vibrant à la poésie de Frédéric Mistral et à la Provence toute entière.
(1) D’après un article de P. Aubanel paru dans l’Espero n°6
Quelques mots de Vincent à Mireille à propos des vertus saintoises :
Et vous aussi, mademoiselle,
Dieu vous maintienne en bonheur et beauté!
Mais si (jamais) un chien, un lézard, un loup, ou un serpent énorme,
Ou toute autre bête errante,
Vous fait sentir sa dent aiguë;
Si le malheur accable vos forces,
Courez , courez aux Saintes ! vous aurez tôt du soulagement.
Le sculpteur Antonin Mercié a réussi à faire passer la souffrance de Mireille.
Sur une des faces du socle, on peut lire cet extrait du Chant X de Mireille :

Mistral et la nature.
Frédéric Mistral portait un amour intense pour la Nature nourricière et bienfaisante. Cette sensibilité passionnée fait qu’il ne saurait décrire l’amour humain sans y mêler les forces naturelles et les êtres animés ou inanimés. Les exemples abondent dans toute son oeuvre; citons au hasard quelques exemples :
Le poète cherche à faire comprendre par une série de comparaisons l’amour de Mireille et de Vincent:
La grande couveuse (Extrait de Calendal, ch. VII).
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23/07/2010 20:04:32 Commentaire 3 par :
axel
Bonjour,
Je cherche une des +- 12 statuettes réduction de la statue de Mireille réalisée par Marius Antonin Mercié, offerte par
F. Mistral et qui se trouve sur la première place des Saintes Maries de la Mer. J'en connais 4 exemplaires dans la région.Pouvez-vous m'aider à en dénicher une ou me donner des renseignements.
Merci d'avance.
Albert Lejeune.
12/12/2009 23:29:17 Commentaire 2 par :
camarguaise21
merci pour ces précisions très intéressantes.
18/05/2009 22:41:45 Commentaire 1 par :
Sophie
Merci de votre joli article sur Mistral et Mirèio en cette année anniversaire.
Une maillanaise.